Théofel [Humain / Assassin]

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Théofel [Humain / Assassin]

Message  Athyl le Ven 13 Juil 2018 - 17:32

Nom de votre personnage : Théofel

Age de votre personnage : 23 ans

Race : Humain

Classe : Assassin

Arme :
Principalement deux dagues :

- La première lui vient d'une de ses victimes, un riche marchand de Luvet amateur de chasse. Sa garde, ciselée d'or et incrustée de gemmes, lui rapporterait une petite fortune s'il décidait de la vendre, mais Théofel n'est pas un amateur de luxe ni de richesse. C'est la lame, de bonne trempe et de grande allonge, qui a retenu toute son attention et dont il se sert depuis pour la plupart de ses missions.
- La seconde lui fut donnée par le culte dont il a fait partie, les Enfants de la Déesse. C'est une dague sacrificielle en pierre incroyablement tranchante et gravée de runes, dont il se sert lorsqu'il accomplit des rituels à la gloire de Méphiti.

Il possède également une multitude de coutelas le long de sa ceinture et dissimulés dans ses bottes. Une habitude qui lui vient de la rue et qu'on lui a encouragé à garder.

Armure :
Théofel n'accorde que peu d'importance à sa défense. Son attirail est un ramassis de pièces de tissu et de cuir dépareillées. C'est un équipement avant tout pratique et qui n'entrave pas sa mobilité. En général, il garde à sa ceinture, à côté de ses dagues et de ses fioles, un petit livre de prière usé.

Capacité spéciale :
Régénération
Théofel a passé sa vie à subir toutes sortes de meurtrissures. La malnutrition et la douleur auraient dû avoir raison de lui ; pourtant il s'est toujours remis rapidement de ses blessures et de ses carences. S'il conserve un aspect chétif et cadavérique, il demeure en bonne santé.
Après un sommeil réparateur, les blessures sérieuses de Théofel deviennent des blessures moyennes. Ses blessures moyennes deviennent des blessures légères. Ses blessures légères se soignent. Selon la gravité initiale de la blessure et l'état de santé de Théofel à l'instant où celle-ci lui a été infligée, des stigmates (cicatrices, marques...) peuvent demeurer.

Compétence raciale :
Combat à mains nues

Sorts ou compétences de votre personnage :
- Pose et désamorçage de pièges
- Maniement des dagues
- Grande résistance
- Grande agilité
- Alchimie
Théofel a longuement observé les praticiens de l'art alchimique au sein du culte des Enfants de la Déesse, et en a acquis une connaissance théorique approfondie. S'il saurait reproduire les gestes nécessaires à l'élaboration de poisons et décoctions diverses sous la supervision d'un maître, il n'a pas encore acquis assez d'expérience pour élaborer par lui-même ses propres... breuvages. En vérité, il n'en ressent pas le besoin immédiat : il est assez adroit de ses mains pour accomplir d'autres besognes beaucoup plus directes et... rétribuantes.
- Furtivité

Compétences secondaires de votre personnage :
- Lecture / écriture
- Lecture des textes anciens
- Équitation
- Connaissance de la flore

Histoire de votre personnage :

« Là ! Regardez ! » dit une des voix en pointant les débris calcinés.

Etait-ce une lubie ? Une hallucination ? Que pouvait voir une personne saine d’esprit au milieu des flammes et des ruines ? Probablement rien d’autre qu’un air de désespérance, une mélodie de crépitements sinistres, vague relent des cris qui avaient pu percer durant les heures précédentes tandis que le groupuscule faisait flamber le bâtiment en entonnant des chants impies. La vérité, c’était qu’ils n’étaient pas sains d’esprit, et qu’une forme s’agitait bel et bien au milieu des poutres embrasées, couvée par les langues du feu qui se tenait tout autour comme par respect.

Un enfant.
Non.
Un nouveau-né.

« Un survivant ! s’exclama l’une des ombres, presque terrifiée.
Une farce de Silux ! Ah ! Mes frères, nous avons trop tué ce soir au goût des dieux !
Les avons-nous courroucés ? Parfait ! Qu’on l’abatte avec les autres ! »

Les silhouettes lugubres décrivirent des cercles au sein des décombres comme des oiseaux de proie, apaisant le brasier sur leur passage, poussant des pieds les déchets de bois et d’os qui leur barraient la route. L’enfant était recroquevillé dans une alcôve insalubre formée de meubles branlants et de planches désagrégées, une construction de fortune dont l’existence était sans doute à prêter au hasard, dans la manière qu’avait eu la bâtisse de s’effondrer sur elle-même après avoir été passée à la torche.

Mais le hasard n’était-il pas le langage des dieux ?

« Terminons l’œuvre de la Déesse.
Non ! s’exclama une voix féminine qui trancha avec les dizaines d’autres. Tuez le héraut de leurs dieux, et ils en engendreront dix autres.
Le laisser en vie serait s’avouer vaincus !
Méphiti nous envoie pour exercer Sa volonté ! Ce n'est pas un sacrifice ordinaire, je le sens.
Tue-le ! »

La femme s’approcha du petit être, hésitante, méfiante. Ses pas étaient lents, calculés. Lorsqu’elle fut à portée, elle dégaina une lame de pierre qu’elle approcha de son visage. Les autres l’encourageaient, psalmodiaient des hymnes sinistres. Tout autour d’eux, les habitants du village se muraient dans la peur et le silence. Leur heure viendrait, plus tard, mais il ne fallait pas précipiter les choses. La garde locale avait été muselée ; une estafette avait été envoyée quérir le baron, parti à la chasse la veille avec ses amis nobles, pour le prévenir de « l’incident » et demander de l’aide à la caserne voisine de Luvet. Il serait là d’ici le lever du jour ; eux n’y seraient plus.

« Si les dieux veulent jouer avec nous… Il est l’heure de leur rappeler que nous ne sommes pas leurs marionnettes. »

Saisissant la tête du rescapé, elle fit courir la pointe de sa lame contre son cou. Sans presser. Juste… pour ne pas perdre le geste. La chair rosie était noircie par la cendre. Tendre… Pour l’instant. Elle eut des envies d’holocauste. Etait-ce là l’épreuve qu’on lui destinait ? Elle avait déjà tué des bambins par le passé. Sans remords. Non, le message était autre. Se ravisant dans son geste, elle s’approcha plutôt du front de l’enfant pour y graver deux lignes droites et parallèles, descendant de part et d’autre de son nez jusqu’aux narines.

Il ne pleura pas.

« Mes frères, attendons les auspices, dit-elle en se reculant presque précipitamment. Soyez les zélateurs de la Déesse, plutôt que ses zélotes. Si son dessein inclut ce petit être, elle saura le retrouver ici-bas.
Tu l’as consacré de la marque noire ? s’indigna l’une des ombres en venant à sa rencontre.
Te risquerais-tu à contredire mon jugement ? A susciter Sa furie ? »

Des messes noires s’élevaient de nouveau parmi les flammes, ragaillardies comme par magie tout autour d’eux. L’homme resta silencieux un instant, recula. La femme s’appesantit un instant sur la créature qu’elle venait de « sauver ». Sans doute ne passerait-elle pas l’hiver. Tant de babillages pour une si petite chose. Elle soupira, se retira avec les autres.

Aussi, lorsque les villageois reprirent leurs esprits et se déployèrent pour éteindre l’incendie, ils eurent pour ainsi dire une curieuse surprise.

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Lorsqu’on le frappa de cet énième coup de poing, Théofel prit conscience qu’il était à présent totalement seul ; et que le seul moyen qu’il aurait de continuer à supporter cela pour le restant de sa vie, serait de mourir sur le champ.

Or, il ne pourrait se contenter de leur accorder ce plaisir.

Il puisa dans le peu de forces qu’il restait en son corps frêle et malingre pour riposter. Un coup qui dut lui faire plus mal qu’à sa cible : il entendit ses jointures craquer, sentit ses doigts lui rentrer dans la paume. Serrant les dents, il recommença, bénéficiant davantage de la sidération de l’autre que des dégâts qu’il avait pu causer. Il se tuerait en le tuant, se disait-il tandis que flambaient en lui les âtres de la rage. Et il frappait, frappait, frappait à en perdre haleine. Ce qui au départ avait pu faire rire ceux qui les observaient avait fini par poser sur eux une chape d’inquiétude et de mutisme, rythmée par le bruit des coups, des respirations sifflantes, des os qui craquent, et puis par un soupir, celui de l’homme à terre qui, n’arrivant plus à tousser son sang, s’y était étouffé.

En vérité, Théo ne savait pas vraiment comment il s’y était pris. Ses mains étaient dans un état lamentable, mais il ne s’était jamais senti aussi bien. Celui qui avait essayé de voler le fruit de sa mendicité quotidienne ne pouvait pas en dire autant. La victoire fut de courte durée : les gardes, qui venaient d’arriver, les encadrèrent et les rouèrent de coups. On le traîna jusqu’aux geôles en lui faisant râcler la fange, le frappa encore pour la forme, puis l’enferma là, sans autre lumière que celle qu’il avait attisée en lui. Et si les heures passèrent, longues, froides, indissociables et monotones, il ne s’en rendit pas compte, adossé contre le mur pour se rappeler qu’il pouvait avoir mal, et que cela demeurait la meilleure preuve qu’il était encore en vie.

Ce qui fut plus surprenant fut le bruit des clés qu’il entendit riper contre la serrure au bout d’un moment. Ouvrant les yeux, il réalisa qu’une torche l’aveuglait. Trois silhouettes se trouvaient dans l’encadrement de la porte. On le releva moins brusquement qu’à l’accoutumée, le fit marcher sans trop le forcer. Quelques couloirs plus loin, et il se retrouvait assis en face du capitaine de la garde.

« Théofel… commença-t-il à dire.
Combien de coups de fouet, cette fois ? »

Godric soupira, malaxant son front de sa main gantée de cuir. Après quoi il fit signe aux soldats qui l’encadraient de disposer. Lorsqu’ils furent totalement seuls, il reprit.

« Théo… Aujourd’hui… Tu as tué quelqu’un.
Oui. Et c’était bien. »

Le capitaine tapa des poings sur la table.

« Combien de fois vais-je devoir te le répéter ? Je t’ai toujours dit qu’il viendrait un moment où je ne pourrais plus te protéger. Ce moment est arrivé.
Où étiez-vous lorsque je dormais dans la rue sous les pluies d’hiver ? Où étiez-vous lorsque je mangeais moins bien que vos porcs ? Où étiez-vous…
Silence ! Es-tu l'un de ces prédicateurs de malheur pour m'accabler de tous tes maux ? La ville ne tourne pas autour de toi !
Je le sais bien ; voilà pourquoi je me suis pris en main.
Mendier, voler, tuer ? Est-ce là tout ce que la vie t’a appris ?
Vous m’avez appris à lire, écrire et parler. La vie a fait le reste. »

Godric se leva, commença à faire les cent pas. Il ronchonnait, murmurait. Quelque chose comme « je n’aurais jamais dû te récupérer ce jour-là ». Pouvait-il vraiment lui en vouloir ? Théo avait attiré la ruine partout où il était allé. On disait même qu’il était né de la ruine ; on le fuyait, le châtiait, le torturait, physiquement et mentalement, rajoutant aux deux balafres qui le défiguraient de nombreux autres griefs. Il n’était pas encore adulte qu’il avait déjà l’allure d’un spectre, mort et enterré depuis des lustres. Pourtant, ce n’était pas les détritus et l’eau de pluie qui l’avaient maintenu en vie tout ce temps.

C’était la haine.

« Une escarmouche se prépare contre Estandre. Le mieux que je puisse te proposer est de rejoindre le front. La première ligne, se sentit obligé de préciser Godric.
Je n’ai que faire de vos guerres. Autant me tuer directement.
Tu as survécu jusqu’à présent, envers et contre tout. Là-bas, tu pourrais également leur survivre.
Si je me bats et que je survis, je gagne votre bataille, et vous rends service à tous. Si j’avais des comptes à rendre, je n’en aurais à rendre qu’à vous ; les autres peuvent mourir. Pourquoi devrais-je donner ma vie au nom de tous ces gens ?
Le ferais-tu si ce n’était que pour moi ? »

Silence. Godric le fixa, les yeux pleins de tristesse. Que voyait-il dans cette épave lacérée dont il avait vu les premiers pas, et dont il verrait sans doute les derniers ? Le capitaine avait toujours été le fantôme de sa vie, jamais loin des êtres qui avaient tenté de lui manifester du secours, mais jamais proche non plus. Comme s’il avait voulu protéger l’enfant, tout en se protégeant de… quelque chose d’autre.

« Je ne suis pas ton père, et n’ai jamais cherché à l’être. Mais nous avons tous notre place en ce monde, et je désirais croire que la tienne n’était pas dans la tombe que le destin t’avait creusée. »

En le voyant avouer ainsi son échec, Théofel jura que Godric se retenait de verser une larme. Peut-être en aurait-il versé aussi, s’il avait appris comment faire.

« Vous avez fait le choix de me sauver, et je vous remercie, finit-il par articuler. Mais je ne veux plus de tout cela. Je fais le choix de partir. »

Nouveau silence.
Lorsque Godric se remit à parler, il l’évitait soigneusement du regard.

« Tu seras pendu sur la grand place demain matin. »

Théo renonça à son repas du soir. Le lendemain, il profita le temps qu’il put de la fraîcheur du matin. L’exécution n’aurait pas lieu aussi tôt : il fallait que la populace puisse y assister en nombre pour y déverser son fiel. La violence était la catharsis du monde, sa force motrice. Il n’était pas possible de la lui retirer ; ces absurdes mascarades, tout au plus, la canalisaient. Les gens arrivaient, s’attardaient, l’insultaient et repartaient, ou pas selon leur humeur. Leurs yeux le fixaient, dégoûtés, amusés, curieux. Tous les spectateurs se languissaient de sa mort.

Sauf un.

Une femme, vêtue de noir, les cheveux gris et le regard de métal. Elle dut s’apercevoir qu’il l’avait remarquée, car elle se fondit aussitôt dans la foule. Pendant l’heure suivante, elle ne refit plus signe. Le soleil était plutôt haut dans le ciel ; lorsqu’on jugea la foule assez dense, enfin on le gratifia de son collier de chanvre. Un annonceur peu loquace énonçait les griefs à son encontre, oubliant entre autres « naissance » et « délit de faciès ». De tous ceux qui trouvaient le temps long, il était le premier.

Godric n’était pas venu. Théo ne savait pas s’il devait lui en être reconnaissant, ou pas.

Mais alors qu’on allait le laisser tomber dans le vide pour que son corps crache ses dernières symphonies de râles, des exclamations surgirent de la foule. Rapidement, des silhouettes se démarquèrent sur la place. Il sentit sa corde se couper ; et tandis qu’il tombait en contrebas de l’échafaud, on l’attrapa, le porta, l’attacha et lui couvrit la tête d’un sac de toile. S’ensuivit le chaos ; indéterminé, magnifique, comme un tourbillon de cris et de lames autour de lui. Peut-être que son esprit délirait. Sans doute était-il mort.

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Toutefois, la mort, encore, s’était détournée de lui ; sans doute lui avait-il fait du tort dans un jeu antérieur que Sercanth aurait eu le mauvais goût de lui faire jouer. Lorsqu’il reprit conscience de ce qui l’entourait, il réalisa qu’il était allongé sur un autel de pierre recouvert de cire et de sang, entouré de silhouettes dépravées qui le fixaient comme un objet de curiosité, et dont les visages, comme une ultime farce, semblaient pareillement meurtris au sien.

« Enfants de la Déesse ! » s’exclama la femme, lisant un grimoire massif posé sur un lutrin sordide.

Des chœurs retentirent dans toute la salle, faisant danser les bougies tout autour dans une valse lugubre. Il était au centre d’un rituel, il en était le cœur.

Du reste de la cérémonie, il n’avait gardé que des souvenirs troubles et peu rationnels. C’était, lui avait-on expliqué, le lot des initiations. Les autres rites étaient toutefois moins tortueux. Toutes ces cabales, ces sabbats à la gloire de Méphiti, devinrent rapidement son quotidien. Lui qui n’avait pas été particulièrement pieux dans ses jeunes années se retrouva, au début malgré lui, et puis en âme et conscience, serviteur de la Malice. Les Enfants de la Déesse devinrent sa nouvelle famille ; sa famille, en vérité, puisqu’il n’en avait jamais vraiment eu. Et il avait appliqué leurs préceptes avec minutie, dans chacune des missions qui lui avaient été confiées au cours des années qui suivirent.

Son goût de tuer se confirma.
Ses manières de le faire se développèrent.
Par la grâce de la Déesse, sa fougue et sa verve jamais ne cessèrent de croître.

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« Notre cause est juste, lui répétait la Prophétesse Grise tandis qu’elle l’initiait aux textes anciens dont ils scandaient les psaumes à longueur de journée. Les êtres de ce monde ont été pervertis par les autres dieux : ils rejettent le cadeau de la Déesse, et c’est ce qui causera leur perte.
Je ne comprends pas, lui avait-il dit un jour.
Observe les chaînes qui figent le monde. Les humains se sont terrés dans leurs royaumes pluriséculaires et ont perdu toute ambition d’en sortir. Les hommes-bêtes servent leurs guerres d’intérêt, liés par des serments d’encre ou de fer. Ont-ils encore espoir de se rebeller un jour ? Ils se voilent tous la face car le chaos les effraie, mais nous leur apportons le choix, et le changement avec lui. Je l’ai vu à ta naissance : tu seras l’instrument de Sa parole lorsque ma voix se taira. »

Sa… Naissance ?

« Qu’avez-vous vu ?
J’étais là, penché sur ton berceau de feu, lorsque mes confrères ont testé ma foi et m’ont demandé de te tuer. Les voix étaient troubles, mais j’ai ressenti quelque chose, au fond de moi, qui savait que tu étais promis à un grand avenir. »

Le destin était en cela retors qu’il avait trouvé comme nouvelle famille le culte qui avait détruit la sienne. Et son esprit, fatigué et vicié, n’en éprouva même pas de tristesse.

« Pourquoi… Pourquoi m’avoir abandonné ?
Es-tu mort, une corde autour du cou ? » Devant son air perplexe, elle ricana. « Il semblerait que non. Nous ne t’avons pas abandonné : nous t’avons laissé faire tes propres choix. Après quoi la Déesse t’a remis sur notre voie. Alors réjouis-toi, Théofel, car Méphiti t’a offert son don, et le choix de l’offrir à nouveau. »

Ce soir-là, allongé dans les ténèbres, il s’était demandé : si Méphiti était l’avatar du libre-arbitre, avait-il vraiment eu d’autre possibilité que d’incarner son futur héraut ? Pouvait-il refuser le destin qu’on avait décidé pour lui ? Aurait-il un intérêt à le faire ? Il était tellement plus simple, plus agréable de savoir que sur le grand échiquier, tout le monde avait une place. Il repensa aux rues glaciales, aux rires moqueurs, à son estomac se tordant de douleur ; aux guerres que se livraient les hommes comme ultime manifestation de leur capacité à respirer.

Ceux qui n’étaient pas à leur place allaient à l’encontre de l’ordre établi.
Ceux qui allaient à l’encontre de l’ordre établi éprouvaient l’adversité.
Dans l’adversité se trouvait la douleur.
Mais c’était dans la douleur qu’exaltait la vie.

Que disaient les textes à ce propos ? Il alluma une chandelle et se mit à compulser les pages des récits sacrés ; lorsqu’une goutte de cire vint s’écraser contre le parchemin, il sut.

« Le feu se répand selon son envie, mais le feu naît d’une étincelle. Je dois être l’étincelle qui purifiera le monde. »

La vérité, c’était que tout être conscient était un héraut de Méphiti, du moment qu’il faisait ses propres choix. Beaucoup étaient ceux qui avaient oublié que ce choix était possible : le leur rappeler serait long et douloureux, mais nécessaire à leur salut. Son éveil s’était fait dans la cendre et l’affliction, et ce serait le lot de tous les peuples. Il le sentait au fond de lui : son brasier s’était allumé, magistral, coruscant. Qu’importe le rôle qu’on chercherait à lui imposer, il serait toujours autre chose que cela. Car un vrai prophète de Méphiti était forcément plus que ce simple rôle ; s’y limiter n’était qu’un carcan supplémentaire. Aussi, la Prophétesse Grise était une mortelle parmi les mortels, et le simple fait qu’une organisation entière dépende d’elle dénotait de l’ironie et de la déréliction qu’avait subi le mouvement vis-à-vis du message qu’elle affirmait défendre.

Alors il partit.

La Prophétesse Grise le vit quitter le sanctuaire de la Langue du Diable ; elle avait croisé son regard, n’avait rien dit. Avait-elle compris ? Peut-être. Elle n’y pouvait plus rien : il avait fait son choix. Toute sa vie, il avait subi en attendant une aide qui ne viendrait jamais. A présent, il pouvait aider ceux qui comme lui enduraient une souffrance silencieuse.

Il les ferait crier.
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