Le vaillant et le vil.

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Message  Nimar Ombrien le Dim 7 Oct 2018 - 23:13

Ah, Spéropoleos, "ville" de Telbara connue à travers tout Orcande. Existe-t-il, en ce vaste monde, un autre lieu symbolisant si bien la médiocrité, la pauvreté et la misère, à quelques lieux à peine de la capitale que je me risquerai, malgré mes médiocres connaissances en économie, à dire plus riche des trois royaumes. Vous venez immigrer au royaume de Telbara pour fuir la misère, la haine et les esclavagistes? Alors bienvenue à Spéropoleos. Ce n'est qu'un point de passage plus pauvre encore que la forêt d'où vous venez, quand bien même cette forêt serait en cendres. Une tente pour dix personnes. Les gens en ce lieu ne sont pourtant pas toujours pauvres. C'est par la faute d'un manque de place, plus que d'un manque de moyen qu'ils sont entassés par milliers dans des tentes dans les quelles on s'introduit comme chez sois. C'est pourquoi les voleurs affluent en cette zone. La ville est pauvre, mais pas ses habitants. Voler un riche marchand, armé d'un couteau de poche émoussé, n'est pas une entreprise semée d’embûche. C'est pourquoi après avoir mémorisé chaque rue de Telbara, après avoir fui Tacomnal, et après avoir gambadé joyeusement à travers le royaume, je me recyclai dans la prise de bourses, en cette vilaine tâche sur la carte.

Le soleil de midi rayonnait haut dans un ciel sans nuage. La journée commençait très bien car, sous la cape vert kaki qui recouvrait entièrement mon corps, surplombée d'une capuche, se cachaient pas moins de trois bourses remplies à ras bord de pièces de bronze. J'allais pouvoir manger et boire jusqu'à plus soif me disais-je! Je me dirigeai vers la tente qui eut l'idée de faire office de taverne. Le propriétaire, un demi-elfe rendu antipathique et laid par les coups et blessures infligés de la main des êtres qui virent en sa race une cible légitime pour esclavagistes, possédait de la "bonne" bière et quatre filles, dont trois tout à fait attirantes. La dernière, je l'ai appellé "monsieur" lors de notre première rencontre... avez-vous déjà vu une demi-elfe poilue? Moi oui. J'atteignis la tente dont la toile de la toiture était à moitié arraché, laissant la structure éclairée par la lumière du jour. Je vins m’asseoir sur un tabouret au fond du lieu, et d'un ton joyeux, je levai une première bourse en m'écriant...

-Aurore, une bière, une assiette de fromage, et tes miches!

Aurore était probablement celle avec qui j'eu le plus de succès. Une demoiselle blonde avec un air sévère, mais un minois fort jolie, et un tempérament rebelle, la poussant à aimer les mauvaises personnes: moi. Cette fois, elle vint avec ma bière, en attendant le plat, mais l'humeur n'était pas au tripatouillage, hélas. Elle s'avança vers moi, se mit à ma hauteur sans prendre le temps de s'asseoir et dit...

-Rah ça t'arrives de faire gaffe?!

J'affichai une moue étonnée, en réponse à la sienne assurée, avant de répondre.

Ben quoi? Ta cadette m'a encore entendu parler de sa barbe?

Voler les gens qui ont "pas trop l'air dans le besoin", c'est bien. Sélectionner ceux qui en crèveront pas, c'est "honnête". Mais tentes de pas te faire voir! Tu vois le vieux robert? Ben ce troufions d'homme lézard t'a vu prendre sa bourse! Il paraît qu'il a engagé un mercenaire! Il t'a vendu comme un horrible voleur sans pitié, qui prend tout à la veuve et l'orphelin!

Ben il a pas tort: il était orphelin il y a quarante ans le vieux Robert, non?

Je plaisante pas! Écoutes, Nimar, je te... voila, mais j'ai vraiment peur que tu meures et que... Ce n'est plus sûr pour toi ici.

Je failli choir du tabouret sur le quel je me balançai. Des semaines que je travaillais pour m'installer ici. Que je faisais la cour à Aurore et deux de ses sœurs, tout en faisant l'immense effort de ne pas fuir la quatrième. Je ne partirais pas pour un con de mercenaire, sans avoir passé une seule nuit animée de surcroît. Je me relevai, terminai ma bière d'une traite, avant de me mettre en marche, et porté par la poésie et le courage, je déclarai à ma maîtresse, première du nom...

-Je ne fuirais pas très chère! Je protégerais! Un mercenaire ne me fera point fuir ma bien aimé... gardes mon frommeton au chaud. Je reviendrais victorieux.

Je voyais déjà ma victoire: Une dague dans le dos, dans la nuque. Personne ne le saura avant que le corps ne soit retrouvé. Aucune raison de plus me suspecter qu'un autre, ce sera un meurtre injuste, mais facile que j...

-S'il te plaît Nimar, restes mon honnête voleur, ne tues pas un homme qui désire juste protéger ceux qui en ont besoin.

"Rah, bordel" pensais-je...

-Rah, bordel Dis-je, avant de me retourner vers ma bien aimée de la semaine. Bon, alors je négocierais, mais si il tente de me broyer la gueule, je ne garantis rien. Et puis, quoi que si! Je reviendrais victorieux, mais sans sang sur les mains! J'en fais le serment.

A ces mots bien trop orgueilleux, je sortis, capuche sur la tête, et me mis à récolter toute information sur ce mercenaire. De ce que j'en entendis, c'était un assez grand bonhomme à l'air sympathique bien qu'étrange. Un bon samaritain qui aurait frotté sa moustache, et accepté d'aider un vieillard dans le besoin sans même demander le montant du salaire qui lui serait reversé. Un géant de deux mètres qui, bien que couronné d'un air innocent, ferait peur à tout ennemi. Je finis, au centre du village, par vérifier moi même ces information. Distrait et fatigué, je m’avançai vers un énième témoin potentiel. Je lui adressai, sans même le regarder, et en vidant ma gourde, ces quelques paroles...

-Hey, salut l'ami. Dis, j'ai passé mon après-midi à interroger les gens de cette rue, tu aurais pas vu un géant de deux mètres qui a l'air sympathique, humain, mais qui reste tr... OH BORDEL

Il ne faisait pas non plus deux mètres le cochon. Mais, ça ne faisait pas de doute. Un grand type baraqué, chauve, dont le visage est couronné d'une moustache. C'était lui, le mercenaire.


Dernière édition par Nimar Ombrien le Mar 16 Oct 2018 - 6:15, édité 1 fois

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Re: Le vaillant et le vil.

Message  Lutostran le Lun 8 Oct 2018 - 0:13

Contons donc une aventure extraordinaire d'un non moins exceptionnel personnage: Lutostran le magnifique, l'homme qui, s'il avait pu, aurait changé son nom par ce sobriquet, et ce n'était pas parce qu'il n'en avait pas envie qu'il ne l'employait pas, même s'il le faisait et bien trop souvent, mais parce qu'on ne le laissait pas finir de parler. Et quelle aventure mes aïeux, celle qu'on pourrait nommer par " la folle chasse au voleur de bourses " ou plus sobrement " la chasse au dérobeur ", quoiqu'au final ce ne fut pas tant une chasse que cela, et voilà donc l'objectif de ce court récit:

Depuis plusieurs jours Lutostran gambadait dans les terres du pays sans avoir d'idée par derrière la nuque de l'endroit où il allait, de l'aventure qu'il cherchait ou de l'étable où passer la nuit suivante. Est-ce que cela dérangeait le beau moustachu ? Pas le moins du monde, mais il serait idiot d'avoir douté. Alors, n'écoutant que le vide - aussi abyssal que la haine qu'il pouvait générer à l'égard de quiconque ne provoquerait pas sa colère - il parcourut les chemins et les sentiers jusqu'à tomber sur une ville. En fait, on voyait plutôt un village. Et si l'on inventait des nouveaux mots, on en dirait que c'en était une villounette, voir peut-être une petite-villounette en exagérant, mais le néologisme serait trop encombrant pour la mémoire. Alors, en y pénétrant, Lutostran se sentit grand, parce que dans l'euphorie que lui suggérait la présence infinie de passants il se croyait unique, surtout qu'il n'arrivait pas à se concentrer sur un visage plus de deux secondes sans que le flot qu'il bravait n'avala ce dernier. De plus, il semblait que les marchands ici et là avaient le mercenaire d'un œil tellement indescriptible que poser une émotion ou un sentiment dessus serait une épreuve qui irait jusqu'à la philosophie. Lutostran donc s'approcha d'un de ces honorables personnages, une femme à l'allure élancée, qui de sa voix de souche mélodieuse lui demanda si le vaillant se voyait intéressé par n'importe lequel de ses articles fièrement adressés au peuple sur un étal un peu en hauteur, pour prévenir au maximum le risque de vol. Cette information se montrait étrangère à Lutostran, aussi quand il vit une enfant lever les talons pour que ses yeux ne puissent lécher les articles, il s'empressa - après l'avoir aidée - de discutailler de ce fait avec la vendeuse:

-Ô marchande, moi, Lutostran le fougueux, mercenaire de son état, j'ai à vous poser la question suivante: pourquoi élever autant la table en bois sur laquelle vous montrez vos belles choses ? La petite ici présente a des difficultés à regarder, alors qu'elle pourrait très bien être cliente.

-Si vous achetez rien, partes d'là, je veux pas faire fuir la clientèle à cause des originaux comme vous. Mais autant répondre pour que vous me fichiez la paix: y'a trop de voleurs dans cette ville pour que je foute tout sur le sol. C'est pigé ?

Lutostran vira de bord et s'engouffra dans la mer de gens pour y chercher un boulot. Les gens semblaient si agréables ici, quoiqu'un peu entassés, mais il vaut mieux quelqu'un de collant que quelqu'un de distant non ? Et plus on est de fous, plus on rit, alors plus on est de gens collés, plus on est heureux ensembles. Et ce raisonnement porte tant de sens et de vérité qu'en y pensant, Lutostran dut encore une fois essayer de combattre son ennemi de toujours: l'orgueil. Cependant, pour combattre l'orgueil, une estime de soi souvent injustifiée - qu'on nomme vanité dans cette définition - vaut mieux aller voir ce que les autres ont à offrir, pour se sentir élève et arrêter de se croire maître de tout, souvent de rien comme on l'avait déjà compris. Un vieil homme, bien laid, ne cachait pas sa tristesse et sa hargne. Il voulait clairement se venger de quelqu'un. Bien que la vengeance ne fut pas dans les idéaux principaux de Lutostran, travailler pour un employeur qui voulait faire payer quelqu'un revenait à le payer lui, et l'argent permet de vivre dans ce bas monde, système utile aux emplois tellement diverses, dans le bien comme dans le mal.

Après avoir creusé en deux la mer de vivants, Lutostran le magnifique atteignit ce regard désolé de haine et l'aborda:

-Vieil homme, si vous me pardonnez à la fois ma venue et l'emploi du mot "vieil" pour vous désigner, j'ose espérer pouvoir vous demander de l'aide: je cherche à vous aider vous ! Je peux presque tout faire, et mon nom est Lutostran, mercenaire de qualité malgré une expérience quasi inexistante.

-Et pourquoi j'engagerai un mercenaire qui n'a jamais rien fait ?

-Je suis venu vous voir, et ça déjà c'est une preuve de mon dévouement futur à la cause dans laquelle je m'engagerai contre rémunération.

-Vous semblez bien fort, je me demande s'il y en a autant dans votre caboche que dans vos épaules de troll. Les débiles se font souvent écrabouiller par les malins, même à un mètre contre deux.

-Qu'attendez vous pour m'envoyer prouver ceci, vieil homme ? Il n'y a qu'à me payer une partie à l'avance et je prendrai le reste après avoir accompli ma tâche.

-Déjà, tous les lourdauds ne connaissent pas la négociation. Je vais essayer avec vous, gaillard, mais je vous préviens, il s'agit de récupérer de l'argent à un voleur, et j'espère bien que ce sera musclé.

-Pas de problème. Quelle est la cible et qu'avez vous à m'offrir en échange ?

-Un tigrain de mauvaise tête qui pille les honnêtes gens et qui écume les rues pour y faire sa magouille. On m'a dit qu'il part souvent écumer les bars comme un gigolo. Ramenez moi ma bourse et prenez lui la sienne. Cela vous paiera !

-Ma foi j'ai réfléchi et j'accepte. Mais je rajoute que s'il a déjà dépensé votre argent, je ne ferai que prendre sa bourse. Pour vous prouver ma bonne foi, je le ramènerai à vous s'il le faut, et mon emploi s'arrêtera à ce moment. Est-ce donc une affaire ?

-Oui, bon courage, mercenaire.

Quel plaisir pour Lutostran de voir le sourire d'une personne accompagner sa chasse à l'homme, ou plutôt au tigrain mâle fallait il croire. Cependant, l'information sur les bars ne semblait pas si utile quand on jugeait de la connaissance du mercenaire sur l'endroit actuel: après tout, il n'était là que depuis moins d'un heure, et ne savait donc pas où on avait établi un bar. Après avoir demandé à des passants des emplacements divers de bars, et après avoir vérifié plusieurs fois qu'on ne mentait pas, Lutostran trouva une belle place où il semblait y avoir moins de monde, au centre, et où peut-être on y voyait de l'alcool. Et bien joué, il n'y avait rien de tout cela.

Cependant, la providence récompensa Lutostran de ses efforts et une main vint se poser sur son épaule gigantesque:

-Hey, salut l'ami. Dis, j'ai passé mon après-midi à interroger les gens de cette rue, tu aurais pas vu un géant de deux mètres qui a l'air sympathique mais qui reste tr...

Pour les lecteurs les plus jeunes, on censurera la fin de cette phrase, Lutostran sourit de toutes ses dents pour lui signifier qu'il avait bien trouvé son homme. Et alors le mercenaire leva la main pour le saluer et alors qu'il découvrait ses dents de plus belle, il approcha l'autre main de l'épaule du tigrain afin de lui prononcer ces mots, à une vitesse certaine:

-Hey, je suis Lutostran, mercenaire de son état et vaillant guerrier employé par un vieil homme pour retrouver quelqu'un comme vous. Bien sur, si cette personne ne fait qu'un avec vous, ce qui voudrait dire que c'est vous, je me présente autrement: hey, tigrain intrépide, je suis venu négocier pour récupérer la bourse que tu as volée à un innocent ! Rend la moi donc ou affronte moi dans un combat honorable. Mais je suis venu pour discuter, donc inutile d'en venir aux poings !

Bien entendu, tout ce qu'avait prononcé Lutostran était véritable. Cependant, il était bien trop de bonne humeur pour se battre. Au fond de lui, l'argilite qui s'ignorait plutôt espérait que cet énergumène était un autre gus que celui qu'il était payé pour attraper.

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Re: Le vaillant et le vil.

Message  Nimar Ombrien le Mar 9 Oct 2018 - 21:56

Le destin ne peut haïr à ce point un tigrain, n'est ce pas? Un tel acharnement des entités divines sur un innocent mortel ne peut ainsi avoir lieu. Me tromperais-je? La chance serait-elle une déesse qui, sous ses tentantes formes, cache de traîtresse lames destinées à être planté dans le dos de quiconque ne voit pas se dessiner sur son visage de sadiques rictus? Tomber sur la personne quI veut ma peau, durant la phase de récolte d'information n'est pas possible, même l'antagoniste du bonheur ne peut connaître telle malveine. Ce devait être une ressemblance ridicule, un quiproquos comique aux yeux de tout spectateur extérieur. Je repris confiance en moi un instant pour régler ce malentendu ridicule quand la masse fit valoir son don de parole...

-Hey, je suis Lutostran, mercenaire de son état et vaillant guerrier employé par un vieil homme pour retrouver quelqu'un comme vous. Bien sur, si cette personne ne fait qu'un avec vous, ce qui voudrait dire que c'est vous, je me présente autrement: hey, tigrain intrépide, je suis venu négocier pour récupérer la bourse que tu as volée à un innocent ! Rend la moi donc ou affronte moi dans un combat honorable. Mais je suis venu pour discuter, donc inutile d'en venir aux poings !

C'était lui, le mercenaire engagé par le vieux Robert. Les idées se brouillèrent dans mon esprit. En une seconde, le contrôle de ma parole, repris in-extrémis au stress, passa aux mains de la panique. Je devais... je devais lui dire qu'il se trompait de tigrain, que ce n'était pas moi et que je ne connaissais même pas son commanditaire. Armé de mon courage, je déclarai...

-C'est la faute au vieux Robert! Sa bourse pendouillait, il faisait pas gaffe, et puis j'avais faim! Pis il est pas pauvre de toute façon! C'est juste un vieux c...

Con! Indéniablement, je présente toutes les qualités nécessaires pour être le plus stupide des énergumènes de ce royaume! "Ce n'est pas moi" eurent été les mots qui purent permettre un plus grand répit pour me débarrasser du gros tas de muscle. Donc naturellement, quelle est l'action effectuée? Me rapprocher d'un duel avec un géant de deux mètres! La voilà l'action effectuée. Je finis par reprendre mes esprits, pour poser mon regard embrasé par L'adrénaline dans ses yeux. Après un court soupire, j'inventai une histoire fort jolie...

-Voyez-vous Lutostran, je suis également favorable à une optique de discussion. Un combat ne serait aucunement raisonnable en vue des dégâts matériels que cela infligeait aux pauvres témoins pris par mégarde dans nos échanges hargneux. Malencontreusement, moi, Nimar Ombrien, en mon état d'humble voleur, ne puis t'accorder ta demande. Ce que je prend aux riches, je l'offre aux pauvres. Ton commanditaire appartient à la catégorie des riches, et ces enfants des rues qui n'ont pu manger que grâce à cette bourse appartiennent à la catégorie des pauvres. Ton employeur saura se débrouiller sans cette bourse. Mais ni la force, ni l'esprit ne sauront me pousser à reprendre les seuls biens de nos têtes blondes. Je suis certain que vous comprendrez. N'est-ce pas?

Mon mensonge était, en quelque sorte, grossier. Il est vrai que je vole aux riches, moins vrai que je donne aux infortunés. Si je ne pouvais répondre à la demande du mercenaire, ce n'était pas que je ne possèdais plus la bourse, qui se situait d'ailleurs sous ma cape, cachée juste à côté d'une de mes dagues, elle même invisible sans un regard plus qu'indiscret. Je ne voulais pas rendre cette bourse car elle était un excellent trophé. Ma plus belle prise depuis des semaines: comment eu-je pu rendre l'équivalent de dizaines de pintes de bière? De plus, bien que j'eu mieux fait de l'acheter, je suis habité par la conviction que mon mensonge marchera sur cet individu. D'après ses paroles, j'en conclu qu'il n'était pas de ceux qui, comme moi, pouvaient tuer pour une prime, sans jamais regretter une seule seconde les dizaines de tombes remplies pour nourrir une seule vie. Lui, toujours de ce que je conclu de ses paroles, adhérait à un idéal de justice, de gloire et d'honneur. Quel honneur y aurait-il à assaïr un humble voleur qui "prend aux riches pour offrir aux pauvres"? Eh eh eh, une seule erreur: mon nom qui, maintenant connu, eut pu l'aider à approfondir son enquête, quand bien même il me laisserait partir pour cette fois.

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Re: Le vaillant et le vil.

Message  Lutostran le Mar 16 Oct 2018 - 6:54

Il fallait dire que Lutostran aimait par-dessus tout discuter avec les gens et parler entre autre de leurs sentiments et de leurs expressions, aussi aimait-il remarquer leurs rictus et leurs mimiques faciales, même s'il ne savait pas vraiment comment les traduire par des mots. Après tout, il n'était qu'un roturier, et s'il aimait apprendre et connaître, il n'avait jamais pu être éduqué. Cependant, l'ami Lutostran savait voir la gêne quand il la voyait, car après tout, il ne savait pas pourquoi, beaucoup de gens se retrouvaient gênés en sa présence, en tout cas au début, et il pensait que cela venait de sa moustache, après tout elle était naturellement entretenue et brillait de mille feux, ce qui aveuglait peut-être le jugement de quelqu'un qui n'avait jamais pu voir ce genre de magnificences.

Tout cela pour dire que le tigrain, à peine eut il découvert l'apparence de Lutostran, changea l'aspect de son visage pour qu'il ne colle plus avec de la gêne, pire encore, la panique troubla son esprit et son corps, et en plus lui demanda de parler, en ce sens il dit:

-C'est la faute au vieux Robert! Sa bourse pendouillait, il faisait pas gaffe, et puis j'avais faim! Pis il est pas pauvre de toute façon! C'est juste un vieux c...

Lutostran ne pouvait être en colère, mais il ne pouvait pas l'approuver, et ce pour deux raisons: la première fut la franchise de cet homme qui effectivement ne prit pas la peine de mentir pour se cacher et ainsi être effacé des soupçons. Il y avait tellement de mensonges dans le monde que voir quelqu'un d'honnête - honnête alors qu'il était un voleur, l'effet est renforcé - galvanisait le grand argilite qui se cachait à ne pas haïr sans raison. La seconde était qu'il avait quand même commis un vol, et ce vol en question restait un vol à une personne qui semblait, ou en tout cas qui pourrait sembler, avoir besoin de sa bourse. Si le travail de mercenaire ne demandait pas à Lutostran de se mêler des affaires de ceux qui l'embauchent, il restait un être avec des idées, opinions, sentiments et valeurs.

Que ce soit la faute du vieux Robert, que sa bourse pendouillasse, qu'il soit étourdi, que Nimar fut affamé, que Robert ne soit point le plus pauvre ou qu'il soit un vieux caméléon - Lutostran avait bien deviné que le tigrain s'était retenu de l'insulter de caméléon - rien ne pourrait empêcher Lutostran de répondre à son contrat, surtout que cette affaire restait un vol, et le vol est un problème le plus souvent, malgré toutes les justifications énoncées plutôt pour approuver le vol de Nimar.

Le regard du tigrain apparut un peu plus déterminé, et il accompagna ce regard d'une jolie comptine:

-Voyez-vous Lutostran, je suis également favorable à une optique de discussion. Un combat ne serait aucunement raisonnable en vue des dégâts matériels que cela infligeait aux pauvres témoins pris par mégarde dans nos échanges hargneux. Malencontreusement, moi, Nimar Ombrien, en mon état d'humble voleur, ne puis t'accorder ta demande. Ce que je prend aux riches, je l'offre aux pauvres. Ton commanditaire appartient à la catégorie des riches, et ces enfants des rues qui n'ont pu manger que grâce à cette bourse appartiennent à la catégorie des pauvres. Ton employeur saura se débrouiller sans cette bourse. Mais ni la force, ni l'esprit ne sauront me pousser à reprendre les seuls biens de nos têtes blondes. Je suis certain que vous comprendrez. N'est-ce pas?

D'entrée de jeu, le tigrain évoquait les détails d'un combat entre les deux intéressés: une introduction qui ne collabore pas avec sa première phrase car elle montrait cet avenir possible, imaginé déjà par le tigrain. Ainsi, par simple jeu de l'esprit, il se projetait déjà dans la possibilité de se battre et d'y inclure des innocents. Mais imaginons qu'il y pensa juste pour empêcher justement Lutostran d'avoir à le faire, ce pourrait être noble. Dans le doute, il faut passer à la suite: Nimar évoqua la différence entre le statut de Robert et les enfants pauvres. Fut-ce une manœuvre pour faire culpabiliser Lutostran ? Oublions cette hypothèse, voyons ce que répondit Lutostran:

-Mon cher Nimar, permettez que je vous appelle comme cela, je suppose que votre bourse est restée sur vous tout ce temps, et qu'il reste encore un peu de ce butin attaché à une de vos poches. Dans le cas contraire, je n'irai bien sur pas récupérer cet argent aux enfants à qui vous dites l'avoir cédé, mais je me pose une autre question: vous aviez faim quand vous avez effectué votre larcin, ce furent vos mots. Alors avez-vous vraiment utilisé cette bourse en premier lieu pour vous nourrir ou répondre à votre idéal ? Vous avez en premier utilisé cet argent pour vous-même ou pour les démunis ? Dans un cas vous êtes fautif, dans l'autre également, mais dans le premier cas vous êtes égoïstes, et dans l'autre il me faudra une preuve. Car oui, avant tout je ne suis pas venu pour parler d'idéal ou quoi que ce soit, mais pour récupérer cet argent de votre poche et j'ai donné ma parole au vieux Robert. Je ne suis pas quelqu'un qui tient à ma réputation, mais j'essaie d'honorer mon contrat sans échouer. De plus, qui est ici le plus lâche, le voleur qui ne rend de compte à personne et qui bien qu'ayant fait preuve de franchise au début pourrait mentir, ou le mercenaire qui essaie de faire son travail sans effusion de sang et en respectant ses cibles ? Maintenant, je conclue en disant que j'attends de vous une chose: ou que vous me rendiez cette bourse, ou bien que vous me prouviez que vous l'avez cédé à quelqu'un.

Oui, c'était un ultimatum: ou il cédait, ou il devait donner une preuve qu'il n'avait plus les biens en question, auquel cas tout cela allait au dessus du contrat de Lutostran. Pour prouver au mercenaire que l'argent s'est échappé, il y avait deux solutions: ou aller voir ces familles et leur demander s'ils avaient reçus cet argent de Nimar ou...vérifier sur Nimar. Mais bien entendu, ce serait regrettable.

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